Semaine Nationale d’Information sur la Santé Mentale 2010
Actions sur le bassin alésien
Communiqué de presse
Depuis quelques mois, un groupe de travail sur la santé mentale composé de professionnels de psychiatrie publique de secteur, d’élus, d’usagers de la psychiatrie et de familles concernées se réunit afin de porter et d’animer un débat local devant aboutir à la création d’un conseil territorial de santé mentale.
Forts de cette dynamique, nous prévoyons de relayer localement la Semaine nationale d’information sur la santé mentale qui se déroulera du 15 au 21 mars prochain, et de proposer une série de rencontres destinés aux élus, aux professionnels et au public.
Selon l’OMS la « santé mentale positive » vise, pour une personne donnée, au développement et au maintien de son bien-être psychique au sein de la société dans laquelle elle vit. La santé mentale peut être altérée, entraînant une souffrance psychique plus ou moins importante et handicapante. Cette souffrance peut prendre l’allure de troubles psychiatriques renvoyant à des descriptions médicales et à des prises en charge spécifiques.
Au-delà des définitions, la santé mentale est un terme de création récente qui permet, entre autres, de déstigmatiser la souffrance psychique et de faciliter son expression et son éventuelle prise en charge. Alors que, pour le grand public, la psychiatrie reste souvent encore synonyme de maladie grave, de folie ou d’enfermement asilaire, le concept de santé mentale permet à toute personne souffrant psychiquement de s’approprier plus aisément sa souffrance, de la faire reconnaître et de revendiquer les moyens de sa prise en charge.
On peut en tirer la conclusion que, malgré le mot « santé », l’utilisation du terme « santé mentale » permet d’extraire en partie la problématique psychique du strict discours médical pour lui conférer d’autres dimensions (sociétale, politique, économique, institutionnelle).
Les chiffres disponibles sont ceux liés à une problématique relevant d’un diagnostic psychiatrique. Selon l’OMS, les troubles psychiatriques se classent au troisième rang des maladies et au quatrième rang des causes d’invalidité. En médecine générale, elles se situent au deuxième rang, derrière les maladies cardio-vasculaires. Elles affectent une personne sur cinq chaque année, et une sur trois si on se réfère à la vie entière. L’OMS retient cinq pathologies mentales parmi les dix plus préoccupantes pour le XXIème siècle. Les évaluations prévoient une augmentation de 50% de la contribution des maladies mentales à la charge de morbidité due à l’ensemble des maladies d’ici 2020.
Les malades psychiques, des citoyens comme les autres
Il y a encore quelques dizaines d’années, les maladies psychiques graves pouvaient conduire à l’enfermement des personnes en hôpital psychiatrique pour de longues durées et à un statut juridique d’incapable majeur. La survenue d’un trouble psychique au sein d’une famille était vécue dans la culpabilité et le secret.
La situation évolue depuis le début des années 70. Le développement de la psychiatrie publique de secteur portée par le mouvement désaliéniste de l’immédiate après-guerre y a grandement contribué Mais les représentations négatives sur la maladie mentale sont encore prévalentes au sein du grand public. Elles sont renforcées par le climat sécuritaire et la crainte d’une dangerosité supposée à la suite de faits-divers dramatiques. Les personnes souffrant de troubles psychiques, surtout quand ils affectent la vie relationnelle et les capacités de communication avec le monde environnant, font toujours l’objet de discriminations, qu’il s’agisse de l’accès au soin et à l’information, de l’accès au logement, à un travail ou une occupation, et de l’accès à la possibilité d’une prise en charge au long cours dans les situations où le handicap prévaut.
Les malades psychiques et leur entourage vivent douloureusement ce qu’ils perçoivent comme un statut de citoyen de seconde zone, fluctuant au gré des turbulences politico-médiatiques.
L’implication citoyenne des malades psychiques
Cette implication est le combat des associations, celles représentant les usagers et celles représentant leur famille. On est certes encore loin des groupes de pression influents tels qu’ils existent dans les pays de tradition anglo-saxonne ou de l’Europe du Nord. Cette implication est aussi plus difficile à maintenir à titre personnel pour certains usagers, les plus vulnérables, dont les troubles entravent l’expression des capacités relationnelles et la participation à un débat public.
La loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances et la citoyenneté des personnes handicapées a créé les groupes d’entraide mutuelle (GEM), structures associatives d’usagers ou d’anciens usagers de la santé mentale, dont le projet d’amélioration des conditions de vie et de lutte contre l’exclusion est défini et organisé avec les adhérents. En région alésienne, il existe un GEM depuis plus de deux ans: « l’Emeraude », qui revendique une trentaine de membres.
L’UNAFAM, union des familles de malades psychiques, milite activement depuis des années dans le Gard, et participe à nombre d’instances ou conseils d’administration d’association où la participation des usagers et de leurs familles est de plus en plus souhaitée.
L’Emeraude et l’unafam participent à la fondation du réseau « santé mentale » en région alésienne.
Une dynamique s’est donc enclenchée depuis quelques années dans laquelle, à la suite des associations familiales, les usagers ont de plus en plus la possibilité de prendre leur place, y compris au niveau du territoire, dans la définition des politiques qui les concernent.
Un réseau « santé mentale » sur le bassin alésien
Un réseau, c’est un ensemble de personnes, professionnels et usagers, qui ont décidé de se rencontrer, de réfléchir, d’agir autour d’une thématique, en l’espèce la santé mentale. La dimension généraliste et en partie non-médicale du terme « santé mentale » permet à des personnes d’horizon très divers de s’agréger à la démarche. Un réseau « santé mentale » peut donc représenter, selon les circonstances et les personnes qui le portent, une sorte d’hybride entre un réseau social et un réseau de santé.
Beaucoup d’actions concernant la santé mentale ont été menées depuis des années en région alésienne dans une logique de réseau. L’objectif d’un réseau identifié est de fédérer des énergies, de croiser des expériences et des points de vue afin de rendre la thématique plus apparente, plus présente au sein de la Cité.
Nous avons, à Alès, la grande chance de disposer de RESEDA (Association de Coordination des Réseaux de Santé du Bassin Alésien), qui dispose de l’expertise et de la reconnaissance institutionnelle pour soutenir la démarche et en garantir la qualité.
Pourquoi mettre en place un réseau ?
Quand on pose la question aux professionnels du terrain, aux élus, aux usagers, aux citoyens, on prend conscience que les problématiques concernant la santé mentale au sens large font partie de leurs préoccupations. On peut aussi relever que, dans ce champ, les représentations restent très puissantes et marquées par une grande ambivalence.
La création d’un réseau peut, dans un premier temps, permettre aux personnes concernées de se retrouver, de rester en lien et d’échanger sur leurs perceptions, leurs pratiques.
Se retrouver, c’est aussi se donner collectivement les moyens d’agir sur une situation politiquement mouvante, avec toutes les préoccupations concernant le retentissement du discours sécuritaire et le bouleversement prévisible des dispositifs de prise en charge.
Les membres fondateurs (usagers, familles et soignants de psychiatrie publique de secteur) ont décidé d’entamer trois démarches :
· Créer ensemble un réseau « santé mentale » en région alésienne : le Conseil local de santé mentale, sous l’égide de RESEDA.
· Faire évoluer les représentations de la population concernant la santé mentale
· Rencontrer les élus des collectivités locales de la région alésienne, afin de les sensibiliser aux problématiques de santé mentale
· Organiser des rencontres sur les pratiques des professionnels de santé
· Relayer la semaine de la santé mentale en mars 2010.
Pour le Groupe de Travail en Santé Mentale du bassin alésien,
Mme Roselyne BESSAC, Présidente de l’UNAFAM du Gard
Mme Muriel PERRIN, Co-Présidente de RESEDA
Mme Marie-Laure PIERRET, Secrétaire du GEM
Dr. Patrick VAILLANT, Psychiatre au CH Alès
Groupe de Travail en Santé Mentale du groupe alésien Avec le soutien de :
GEM L'Emeraude